3h05

Publié le 22 Avril 2013

Mon Amour, mon Trésor, mon Magnifique,

Ce matin là, je me suis levée vers 9h en souriant. J'étais contente, j'avais pu dormir un peu plus longtemps que ces dernières semaines. Dernières semaines qui ont été très pénibles pour moi, pour mon sommeil.
Ce matin là j'ai fait les même gestes que tous les matins: toilettes, caresses pour La Patte, café, ordi, mails, blogs... J'ai fait les mêmes gestes et pourtant il y en avait un nouveau.
Je me caressais le ventre, le massais, j'avais mal, un peu, de temps en temps, rien de bien grave.

Après deux heures de lecture, écriture, rangement et autres gestes du quotidien, je suis allée réveiller ton père. Et tout en lui caressant les cheveux, d'une voix frémissante, d'une voix qui se voulait rassurante, je lui ai dit "mon Amour, c'est peut-être pour aujourd'hui. J'ai des contractions depuis que je suis levée."
Alors il m'a posé les questions qu'il connaissait par coeur à force de les entendre sortir de la bouche de notre sage-femme.
"Contractions douloureuses? Régulières? Rapprochées toutes les cinq minutes depuis deux heures? T'es sûre que c'est ça?"

Comment être sûre? J'avais mal, voilà. Parfois toutes les cinq minutes, parfois toutes les dix minutes, parfois toutes les deux minutes. Mais ça faisait bien deux heures oui.
J'ai rassuré ton père, je lui ai dit de ne pas se presser, pour un premier bébé c'est souvent long, et puis la douleur n'était pas insupportable, loin de là.
J'ai pris le temps de prendre une longue douche chaude en chantonnant, en te caressant à travers mon ventre qui se durcissait, j'ai pris le temps de manger un bout et de boire beaucoup d'eau. J'ai même pris le temps de me maquiller. Je t'ai fait écouter ta chanson, celle qui te fait remuer si fort, tout en me déhanchant sur mon gros ballon.
J'ai pris le temps, une dernière fois, de vérifier si toutes tes affaires étaient en place, si je n'oubliais rien. J'ai tenté de faire un câlin à La Patte qui se dérobait sous mes doigts.

Et puis nous sommes partis vers la maternité. Je me sentais bien, sereine. Je n'osais pas me dire que ce jour était celui de ta naissance, j'avais trop peur d'être déçue, que ce ne soit qu'une fausse alerte.
Et puis finalement, après un examen quelque peu douloureux, la sage-femme souriante nous a annoncé "c'est pour aujourd'hui".
Tu n'imagines pas le bonheur qui m'a submergé et cette petite peur aussi qui essayait de m'envahir mais que je repoussais de toutes mes forces. Et ton père qui souriait, surexcité, portable à la main pour prévenir son supérieur que non, aujourd'hui il ne viendrait pas travailler.
Il aura fallut plus de dix heures depuis notre arrivée à la maternité pour qu'enfin la sage-femme nous annonce qu'on allait pouvoir t'accueillir.

Ces instants là je m'en souviens très bien. Je revois l'étudiant sage-femme préparant le matériel nécessaire à ta naissance, je revois ton père demandant s'il pouvait aller s'en griller une dernière, je le revois sortir de la salle tandis que tout le monde se préparait.
Je me souviens très bien m'être dit "Alors ça y est? C'est comme ça que ça se passe? Il est là mon bébé? C'est maintenant?".

Quand ton père est revenu, nous étions tous prêts. Voilà. Maintenant je devais tout faire pour te sortir de mon ventre le plus rapidement possible. Sauf que plus aucune contraction ne venait. Nous étions tous là à t'attendre, et mon corps avait cessé d'être coopératif. Ca m'a bien fait rire moi.

Et puis le moment est arrivé. Je les entendais autour de moi, me conseiller, m'encourager, mais je ne les écoutais pas. C'était toi et moi mon bébé. J'étais dans ma bulle, je ne pensais plus mais je sentais mes émotions, mes pensées. Je devais y arriver et vite, je ne voulais pas que tu puisses souffrir.
Et brusquement on m'a demandé de tout arrêter, la sage-femme m'a indiqué que tu faisais "coucou" avec ta main. J'ai baissé les yeux et je l'ai vu, cette petite main si fragile qui s'agitait au dessus de mon ventre. J'ai entendu ton père me dire "oh regarde sa tête regarde!!!". Mais je n'ai pas pu. Je ne pensais pas avoir cette réaction mais le fait est que je me suis cachée les yeux.
Je ne voulais pas te voir, j'avais trop peur. J'avais tellement peur que tu ailles mal que j'ai préféré fermer les yeux.
J'ai préféré tendre les bras vers toi, te toucher.
Mon plus beau souvenir restera celui de tes mains attrapant les miennes. Ce premier contact alors que tu n'étais pas encore tout à fait sorti de mon ventre. Tes mains chaudes et humides. J'ai réuni mes dernières forces pour t'attraper et te poser sur mon ventre.

Ca y est, tu étais là, hurlant. Je ne voyais que le sommet de ton crâne et tes petites mains qui s'agitaient. Ton père riait, m'assurait que tu étais beau. Tout à sa joie il a coupé le cordon qui nous reliait encore un peu toi et moi.
Et c'est à ce moment précis que j'ai senti que ça n'allait pas si bien que ça.
Je t'ai serré fort dans mes bras, je t'ai murmuré des mots doux, je t'ai respiré, j'ai essayé de ne pas te transmettre ma peur. Ni à toi, ni à ton père qui ne voyait rien d'autre que toi, sa vie.

Une sage-femme est venu te chercher pour t'ausculter, elle a emmené ton père avec elle. Il m'a embrassé, m'a dit qu'il m'aimait, j'ai eu le temps de lui dire de ne pas oublier, jamais.
Il est parti te rejoindre dans la pièce à côté, la porte était restée ouverte, je pouvais te voir exprimer ta colère.
Autour de moi l'agitation était à son comble. Je ne saurai dire combien nous étions, je voyais le personnel médical s'activer, injecter des produits dans la perfusion. J'entendais le bruit des machines s'emballer.
Je ne sentais rien, si ce n'est une grande fatigue.
J'avais très peur. Pas de mourir non, pas vraiment. J'avais peur pour toi, et ton père.
Et le plus horrible mon Amour, c'est que je n'avais pas vu ton visage. Tout était allé tellement vite. Tu as certainement senti ma peur, celle de ne pas te connaitre car tu as tourné ton visage vers moi et tu m'as regardé. Les nouveaux nés ne peuvent pas voir, surtout pas à cette distance, je le sais, tu ne pouvais pas me voir et pourtant tu m'as regardé. A ce moment là j'ai su que tout irai bien pour toi. Pour ton père aussi.

Je le voyais te prenant en photo dans ton bac en plastique, je le voyais se tourner vers moi, si inquiet, ne sachant que faire, où aller, rester avec son fils ou aider sa femme?
J'ai bien failli vous perdre tous les deux ce jour là. Heureusement, je suis encore là et je compte bien y rester.

Cette nuit, il était 3h du matin quand je t'ai recouché après ton biberon. Je t'ai regardé et j'ai attendu, les larmes aux yeux.
A 3h05, ton père et moi, blottis l'un contre l'autre, on s'est dit "Un mois, un mois qu'il est là le Ptit Loup."
Un mois que notre bonheur est complet, parfait.
Toi mon Ptit Loup. Juste: TOI.

Rédigé par This Girl

Publié dans #Ptit Loup

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