Elle

Publié le 7 Mars 2013

J'étais pleine d'entrain, je marchais, le pas léger, sur les pavés humides.
Je l'ai vu arriver de loin, elle avançait rapidement dans ma direction, tenant son vélo d'une main, repoussant ses longs cheveux de l'autre. Elle ne pédalait pas, non, elle marchait à côté.
Etait-elle fatiguée? Un pneu crevé? Plus l'envie de pédaler?

Elle est passée à côté de moi le visage tordu, tordu dans un effort quasi surhumain pour retenir ses larmes. Ca n'a pas duré plus de deux secondes mais ça a suffit. J'ai pu lire sur son visage la douleur, l'abattement, la détresse.
Mais surtout ce courage merveilleux qu'elle avait pour ne pas craquer là, comme ça, devant tout ce monde. Attendre d'être chez soi, à l'abri, claquer la porte avant de pouvoir enfin s'adonner à ce trop plein d'émotions.

Ca n'a pas duré plus de deux secondes. Deux secondes pour apercevoir cette tristesse, deux secondes pendant lesquelles j'ai eu envie de poser ma main sur son bras, ne pas lui demander si "ça va?", pas la peine je le savais déjà, deux secondes pendant lesquelles j'ai eu envie de l'aider, deux secondes qui m'ont complètement bouleversé.

Quand je me suis retournée, elle était déjà loin, l'instant était passé.
Qu'aurais-je réellement pu faire pour l'aider? Avait-elle seulement envie qu'on l'aide?

Je ne lui ai pas parlé, elle ne m'a même pas regardé et pourtant cette rencontre m'a marqué.

J'étais pleine d'entrain, je marchais, le pas léger, sur les pavés humides.
Je partais faire du shopping.
Finalement, je suis juste allée acheter cette recharge pour mon stylo. Je n'ai même pas craqué pour un Moleskine.
Je ne pensais pas à elle, je ne pensais pas à grand chose mais déjà mes envies n'étaient plus les mêmes.

Il a commencé à pleuvoir, pas assez pour que je sorte le parapluie mais déjà trop pour mes cheveux fraichement lavés. Tant pis pour les frisottis.

Brusquement, je voulais rentrer chez moi, claquer la porte, boire un café, le chat ronronnant sur mes genoux.

Sur le chemin du retour, je l'ai vu en vitrine, cette petite plante toute seule dans son coin, à peine exposée aux regards des passants. Un tronc noueux et bien épais, solide, des petites feuilles fragiles.
"Ne l'arrosez pas plus d'une fois par semaine, elle n'a pas besoin de beaucoup de soin" m'a dit le fleuriste. Oui mais j'y ferai attention, je veillerai à ce qu'elle soit épanouie ma plante.

C'est avec elle que je suis rentrée. Elle est là, devant moi, posée sur mon bureau.
Et je me rends compte que je ne connais même pas son nom. Le fleuriste ne me l'a pas donné.

Et moi j'ai oublié de le lui demander...

Elle

Rédigé par This Girl

Publié dans #A moi

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Pimprenn'aile. 08/03/2013 15:48

Mes talents de botanistes sont ce qu'ils sont mais, tu peux (oui, tu.) probablement l'appeler Ficus. Bonsaï Ficus. Quand je serai grande, quand j'aurai un endroit où me planter, j'aurai un bonsaï aussi. On dirait qu'ils peuvent lutter contre le temps qui passe et absorber toute notre détresse.
Je dévore tes nouveaux écrits. :)

This Girl 09/03/2013 01:56

Merci à toi pour cette information précieuse! Il ne me reste plus qu'à le bichonner ce bonsaï et à surveiller les crocs du chat aussi...
Il est vrai que le tronc donne à l'ensemble une impression de force assez incroyable! Je me sens apaisée juste en le regardant.
Je te souhaite un magnifique bonsaï pour quand tu seras grande :)
En ce moment ce ne sont pas tes nouveaux écrits écrits que je dévore mais les anciens! Je suis remontée assez loin dans le temps sur ton blog. C'est bien! Ca me fait de la jolie lecture :)