Si tôt...

Publié le 5 Mars 2013

Il y a trois réveils dans mon matin.

Le premier, le tien, celui qui me donne quelques bribes d'informations sur l'état du monde. Souvent, tu fais taire rapidement cette voix qui nous annonce que nous sommes dans une belle merde. Tu as raison, ce n'est pas une jolie manière de démarrer sa journée.
Tu te tournes vers moi, m'enlaces et gémis, déjà fatigué à l'idée de devoir quitter ce lit.
Un "bonjour", quelques câlins et un "à tout de suite" et voilà. Tu n'es plus là.
Je prends mes aises, me déploie dans le lit, roule sur ton côté juste pour récupérer la chaleur que ton corps y a laissé.

Il y a trois réveils dans mon matin.

Le second, celui du départ. Celui qui t'emmène vers ta journée de travail. Tu te penches sur moi, tu sens bon, tu es beau, propre, frais. Tu parsèmes mon visage de baisers. Je suis mal réveillée. Je souris et mes yeux s'ouvrent tout à fait quand tu me murmures ton amour et ta hâte, déjà, de me retrouver après, plus tard.
Je te sens t'éloigner, je n'ai pas envie que tu partes mais je ne peux pas t'en empêcher et je sombre une nouvelle fois dans le sommeil, triste que tu ne sois plus là, heureuse d'entendre l'écho de tes mots qui résonnent encore au creux de mes oreilles.

Il y a trois réveils dans mon matin.

Le dernier. Celui qui vient me chercher naturellement. Celui qui me fait écouter les bruits alentours avant d'ouvrir les yeux. J'aime ce moment où j'essaie de deviner l'heure qu'il est juste en écoutant les bruits qui me parviennent. Je me plante tout le temps. Ce n'est pas grave, moi j'ai tout mon temps en ce moment justement.

Il y a trois réveils dans mon matin mais ce matin il n'y en a pas eu.
J'ai ouvert les yeux quelques secondes avant le premier.
J'ai bien essayé de continuer cette routine mais c'était fouttu. J'ai ouvert les yeux avant les informations. Cassée la routine.
J'ai pu te parler, te demander si tu avais bien dormi, me soucier de ta forme. C'est déjà ça.
Je suis restée au lit en attendant le second réveil. Je n'ai pas su être patiente. Je ne pouvais plus dormir et j'avais mal au ventre. Une douleur lancinante, pas forcément aiguë mais suffisamment présente pour qu'elle m'empêche de sombrer.

Alors je me suis levée, j'ai bu les premières gorgées de mon café pendant que tu finissais le tien. Je t'ai regardé te préparer, j'ai câliné le chat, je me suis massée le ventre.
Tu es venu m'embrasser, me souhaiter une belle journée, me recommander de faire attention à moi, à nous, tu as carressé mon ventre une dernière fois et tu es parti vers ta journée.

Plantée devant la fenêtre avec mon second café, le ventre proéminent, j'ai regardé les passants pressés, tous commençant une journée. Pour beaucoup une journée bien rodée, faite de routine, de gestes machinales.
J'ai regardé l'heure. 7h12.
Toutes ces personnes sous mes fenêtres, marchant résolument vers cette journée, si tôt.
Si tôt.

Habituellement j'ai trois réveils dans mon matin. Aujourd'hui je n'en ai eu aucun.

Rédigé par This Girl

Publié dans #A moi

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